Les axes de recherche en lien avec le CRDS

Depuis 2003, le CRP Les Marronniers collabore avec le Centre de recherche de défense sociale (CRDS). Localisé à Tournai, son principal champ d'étude est la psychologie légale. La collaboration se concentre sur cinq axes de travail.

Axe 1 - La validation des procédures diagnostiques en psychiatrie et en psychopathologie auprès de populations délinquantes ou internées

Ces évaluations diagnostiques relatives aux troubles mentaux majeurs et troubles de la personnalité concernent l’ensemble de la population de la Défense Sociale. Les instruments diagnostiques dûment validés contribuent à une meilleure connaissance de la comorbidité psychiatrique des populations délinquantes ou internées (Oswald et al., 2017). Depuis plusieurs années, le CRDS contribue à une base de données diagnostiques fédérale en collaboration avec les collègues néerlandophones du KEFOR (Jeandarme et al., 2019). Ces données contribuent à la définition des priorités thérapeutiques tant psychiatriques, psychologiques que psycho-pharmacologiques. 

Le CRDS attache une attention particulière à l’évaluation de la qualité de vie auprès des personnes internées ou détenues (Pham & Saloppé, 2013). Ces recherches s’inscrivent dans le courant visant l’humanisation des conditions d’enfermement et notamment de détention (cf. Loi Dupont, 2005 ; Art.5 §1, Moniteur belge). Les recherches du CRDS examinent les liens entre la qualité de vie perçue, les effets et l’observance thérapeutiques, la conscience des troubles, la rechute psychiatrique, ainsi que la récidive criminologique (Saloppé et al., 2018). Les études ont aussi pour but de valider des instruments standardisés tels que : Le Measuring Quality of Prison Life (MQPL; Liebling & Arnold, 2004) ; Le World Health Organization Quality of Life - Bref (WHOQOL-BREF; WHOQOL Group, 2000 ; Harper & Power, 1998). 

Le CRDS a récemment développé ces dernières années des études sur la Déficience Intellectuelle (DI) auprès de populations antisociales, avec un intérêt particulier pour le double diagnostic (DD) associée à une comorbidité psychiatrique (Avis 9203 du Conseil Supérieur de Santé ; Vicenzutto et al. 2018).

Axe 2 - La validation des échelles d’évaluation et de gestion du risque de dangerosité en criminologie clinique

Ce second axe concerne la validité discriminante et prédictive des échelles d’évaluation et de gestion du risque. De nombreuses échelles ont été publiées dans la littérature internationale mais, à notre connaissance, peu d’entre-elles n’ont encore été validées empiriquement en Europe francophone.

Les deux principaux sous-groupes de la défense sociale qui sont concernés par ces évaluations sont les patients ayant commis des délits présentant une violence interpersonnelle élevée ainsi que ceux qui ont commis des faits à caractère sexuel.

  • Pour les patients ayant commis des délits violents, le CRDS dispose de données statiques (Pham et al., 2019) et longitudinales (Pham et al., 2005) pour les instruments suivants :
    • la Historical-Clinical- Risk-20 items (HCR-20, Douglas et al., 2015; Webster et al, 1997),
    • la Violence Risk Appraisal Guide - Revised (VRAG, Rice et al, 2013),
    • l’échelle de la Psychopathie de Hare (PCL-R, Hare, 2003),
    • la Comprehensive Assessment of Psychopathic Personality (CAPP, Cooke et al., 2012; Delannoy et al., 2019).
       
  • Pour les auteurs d’agressions sexuelles, le CRDS dispose de données statiques (Ducro & Pham, 2006) et longitudinales  pour les instruments suivants :
    • la Sex Offenders Risk Appraisal Guide (SORAG, Quinsey et al, 1998),
    • la Sex Violence Risk-20 items (SVR-20, Boer et al, 1995),
    • l’échelle de la psychopathie de Hare (PCL-R, Hare, 2033),
    • la Static-99R, 2002R (Hanson & Thornton, 1999, 2003),
    • la BARR-2002R (Babchishin et al., 2015),
    • la Risk for Sexual Violence Protocol (RSVP, Hart, Kropp, Laws, Klaver, Logan & Watt, 2003).

Axe 3 - L’étude du parcours post-institutionnel d’auteurs d’infractions à caractère sexuel (AICS) suite à la prise en charge intra-muros en Région Wallonne.

Cet axe concerne les taux de récidive officielle générale, sexuelle, violente et non violente. Il nécessite des évaluations sur des périodes de suivi relativement longues afin d'identifier des taux de récidives stables. Cette étude concerne aussi la prise en charge des AICS via une recherche-action de type prospectif à moyen ou long terme (Pham, Ducro, Martin, & Pihet, 2010, Ducro, Telle, & Pham, 2019). Elle couvre les variables essentielles liées : (a) aux délits, (b) au niveau de risque lors de la libération, (c) aux diagnostics mentaux, (d) aux paramètres socio environnementaux et (e) celles liées à la prise en charge. Ces variables sont essentielles pour mesurer l’évolution des AICS dont la plupart sont suivis dans le système de soin ambulatoire en Région Wallonne. Ces variables sont reconnues comme étant prédictives/protectrices d’un potentiel risque de récidive. Elles permettent d’apprécier les besoins des AICS ainsi que leur niveau de réceptivité à cette prise en charge. Elles contribuent à la compréhension du phénomène de désistance des AICS en Belgique (Maes et al., 2018).

Axe 4 - La recherche auprès des différents sous-groupes de sujets délinquants

Cet axe de recherche fondamentale se base davantage sur le paradigme expérimental et comparatif. Il s'attache à dégager des spécificités cliniques auprès de populations antisociales, lesquelles contribueront à orienter leur prise en charge. Cet axe porte sur deux domaines complémentaires qui présentent des recouvrements théoriques et empiriques: la psychologie des émotions et la neuropsychologie clinique et cognitive.

La psychologie des émotions

  • Recherche sur les expressions faciales et vocales des émotions auprès de patients présentant un trouble de la personnalité antisociale.  
  • Recherche sur le discours émotionnel auprès de personnes présentant un trouble de la personnalité psychopathique.  
  • Analyse multi-niveaux (expressions faciales, vocales, analyse du discours émotionnel, indicateurs psychophysiologiques, analyse du comportement non verbal) des processus émotionnels lors de l’évocation de souvenirs autobiographiques auprès de populations antisociales avec ou sans comorbidité (psychopathique). 

La neuropsychologique clinique et cognitive

Ces recherches portent sur le traitement de l’information à travers le paradigme attentionnel et les fonctions exécutives (Vicenzutto et al., 2018). En lien direct avec la neurobiologie, elles utilisent tant des instruments classiques (Tour de Londres, test de Stroop, Modified Card Sorting Test, etc.) en neuropsychologie que des tâches attentionnelles mieux contrôlées sur le plan expérimental (tâche de Miyake, Continuous Performance Test III, Iowa Gambling Task, etc.). 

Axe 5 - La biologie somatique

Depuis 2022, un nouvel axe de recherche vise à évaluer les intrications entre la santé psychologique et physique. Trop souvent absent des études, le volet somatique fait maintenant partie des cibles d’investigation. C’est ainsi que le CRDS a pu étudier l’impact d'une prise en charge multidisciplinaire et préventive sur le contrôle du diabète auprès de la population médico-légale. L’objectif était de mieux comprendre le profil métabolique et les niveaux de contrôle des facteurs de risque cardio-vasculaires auprès de cette population vulnérable de par la présence de nombreux troubles et traitements psychiatriques. Certains traitements somatiques sont également la cible de ces études comme les Inhibiteurs de la Pompe à Proton (IPP) indiqués dans les reflux gastroœsophagiens sévères ou encore les médicaments antiviraux utilisés dans le traitement de l’hépatite C. En effet, les personnes présentant un trouble lié aux substances sont particulièrement à risque. Or, ce trouble est très répandu au sein de la population médico-légale. 

Au-delà de ces 5 axes de recherche, il appartient au CRDS de développer l’aspect d’information et de communication, afin de permettre une diffusion des connaissances et d’optimaliser la thérapeutique et l’accompagnement des populations délinquantes ou internées.